La définition de l'espèce est l'une des questions les plus complexes en biologie. Plusieurs définitions existent : **Concept biologique de l'espèce (E. Mayr, 1942) :** Une espèce est un groupe de populations naturelles réelles ou potentiellement capables de se croiser et de produire une descendance fertile, et qui sont reproductivement isolées des autres groupes. Limites : ne s'applique pas aux organismes asexués (bactéries), ni aux fossiles, ni aux espèces géographiquement séparées. **Concept morphologique :** Une espèce = un groupe d'individus qui se ressemblent morphologiquement. Simple mais insuffisant : des espèces sœurs (morphologiquement identiques mais non-interfécondables) peuvent être confondues. **Concept phylogénétique :** Une espèce = le plus petit groupe monophylétique (descend d'un ancêtre commun unique). Basé sur l'évolution. En pratique, les biologistes combinent ces critères.
Pour identifier une espèce, on utilise plusieurs critères : **Critère morphologique et anatomique :** Similarité d'aspect (taille, couleur, forme) et d'organisation interne. C'est le critère le plus ancien et le plus utilisé pour la classification. Limite : des individus de même espèce peuvent être très différents (dimorphisme sexuel, stades de développement). **Critère éthologique (comportemental) :** Comportements de reconnaissance et de parade nuptiale propres à chaque espèce. Deux espèces de grillons peuvent être identiques morphologiquement mais produire des chants différents → pas d'accouplement inter-espèces. **Critère génétique (moléculaire) :** Similarité du génome (séquences d'ADN, caryotype). C'est le critère le plus précis actuellement. Le code-barres ADN (barcoding) utilise une région standard du génome pour identifier les espèces. **Critère physiologique et biochimique :** Composition chimique similaire (protéines, enzymes). Groupes sanguins, réactions sérologiques. **Critère reproductif (le plus fondamental) :** Capacité à se reproduire entre eux et produire une descendance fertile. C'est le critère du concept biologique de Mayr.
L'isolement reproductif est l'incapacité de deux populations à se croiser et produire une descendance fertile viable. C'est ce qui sépare les espèces. **Mécanismes d'isolement prézygotiques** (avant la fécondation) : • Isolation géographique : séparation physique (montagne, mer, fleuve) • Isolation temporelle : espèces actives à des saisons différentes • Isolation comportementale : chants, parades nuptiales incompatibles • Isolation mécanique : organes reproducteurs incompatibles • Isolation gamétique : gamètes d'espèces différentes ne se reconnaissent pas **Mécanismes d'isolement postzygotiques** (après la fécondation) : • Hybrides inviables : l'embryon ne se développe pas • Hybrides stériles : l'hybride est viable mais stérile Ex : Mulet = croisement cheval (Equus caballus) × ânesse (Equus asinus) → stérile **La spéciation** est le processus par lequel une population se divise en deux espèces distinctes. Elle nécessite un isolement reproductif progressif.
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Non, elles appartiennent à des espèces différentes. Bien qu'elles puissent se croiser (pas d'isolement prézygotique complet), la descendance n'est pas viable (isolement postzygotique : hybrides inviables). Le critère biologique de l'espèce exige une descendance FERTILE et viable.
Prézygotiques : (1) Isolation temporelle — deux espèces de criquets pondent à des saisons différentes. (2) Isolation comportementale — deux espèces d'oiseaux ont des chants de parade incompatibles. Postzygotiques : (1) Hybrides inviables — l'embryon issu de deux espèces d'oursin meurt avant éclosion. (2) Hybrides stériles — le bardot (croisement âne mâle × jument) est stérile.